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__-__ Painful Sorrow __-__ Mon Journal de la Douleur

Photo de x-Painful-Sorrow-x

x-Painful-Sorrow-x

Description :

Welcome on
« Painful Sorrow : mon Journal de la Douleur »


Version _ 1.0

Webmiss _ Me*, 20 ans.

Plagiat _ Interdit. Demandez si vous voulez prendre quoi que ce soit.
Tags _ Non.
Pubs _ Supprimées.

MAJ _ Non régulières, à mon rythme.

Ami(e)s _ Tous accepté(e)s.
Favoris _ Coups de c½ur.
Fans _ 2 <3
Commentaires _ Expressifs, sans langage SMS et je réponds.

Habillage _ By me.
Montages _ By me.
Avatar _ Zac EFRON & Vanessa HUDGENS.


Bonne lecture !

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Ses Honneurs (1)

  • Anniv' 2 ans

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  • Création : 05/04/2009 à 06:17
  • Mise à jour : 11/03/2010 à 13:51
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Ses archives (5)

  • [ 3 ] Painful Sorrow [ 3 ] « On dit que l'amour rend aveugle, mais toi tu as carrément les deux yeux crevés ! »
  • [ 2 ] Painful Sorrow [ 2 ] « Je suis morte le jour où je L'ai tuée. »
  • [ 1 ] Painful Sorrow [ 1 ] « Et la morsure violente dans ma poitrine est plus douloureuse encore, écrasant mes poumons, mon c½ur dans ma cage thoracique oppressée. J’avais mal, tellement mal. »
  • [ 0 ] Painful Sorrow [ 0 ] « Je ne vivais qu’à travers la douleur, que par la douleur. Et bientôt je ne vécus que pour elle. Toujours elle ; encore elle. La douleur. »

» Suite

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Welcome on Painful Sorrow : Mon Journal de la Douleur.

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« Ici-bas, la douleur à la douleur s'enchaîne ;
Le jour succède au jour, et la peine à la peine.
»
_ [ Alphonse de LAMARTINE ] _

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Bienvenue à toutes et à tous

« Painful Sorrow : mon Journal de la Douleur » est avant tout une fic que j'écris pour moi. À mon rythme. J'y mets de mon temps, de mon imagination, de mes tripes. J'y mets de ma Vie. Je ne prétends pas être l'écrivain du siècle, j'ai juste la passion de noircir le papier, de raconter des histoires, d'en inventer. Ça me libère, ça m'apaise. Et ça me fait vivre. Je ne vous demande d'aimer absolument ce qui suivra, je ne vous demande pas d'adorer à tout prix mon Histoire ; je demande simplement le respect. Le respect de mon texte, le respect de mes idées. Le respect de moi, en tant que personne. Je ne demande pas un million de commentaires, ça ne m'intéresse pas. Vous pouvez laisser vos remarques, vos questions si vous le souhaitez. Je lirai chaque appréciation avec grand plaisir. Faites en sorte qu'elles soient un minimum françaises [ Pas de langage SMS ]
« Painful Sorrow : mon Journal de la Douleur » raconte une histoire somme toute banale, c'est un peu mon histoire aussi.__ __ « Depuis des mois, je La sens. Elle est là, en moi. Elle me mord le c½ur, me bouffe les entrailles. Elle me tue à petit feu. Et je me laisse mourir, incapable de trouver la force nécessaire pour me relever. Pour me sortir du Néant où j'ai été plongée. Et Elle est toujours là, omniprésente, oppressante. Je La laisse me détruire, trop faible et sans volonté que je suis depuis tant de temps. Je ne vis plus, je ne survis même pas.
Je suis morte avant même que mon heure ait sonné.
Je ne reste qu'une carcasse, vide de l'intérieur ; une simple écorce sans rien au-dedans. Mon c½ur bat au ralenti, Elle l'anesthésie lentement, ralentissant son rythme. Et je n'ai plus qu'une seule envie : qu'il s'arrête. Pour qu'enfin, je meurs. Une bonne fois pour toutes. Parce qu'Elle anéantit tout ce qui peut bien rester de moi. À peine un souffle, à peine une larme ; rien qu'un éclat d'argent, des cicatrices sur mon bras.
Je ne suis plus rien, rien qu'un cadavre ambulant.
Et ceci est mon journal de la Douleur.
 »
Elle souffre et Elle ne fait rien contre ça. Elle a mal et Elle ne combat pas cette Douleur qui Lui bouffe les entrailles. Elle ne vit pas, Elle est morte depuis longtemps. Et pourtant Elle est là, on La voit. Mais on ne voit pas qu'Elle n'est plus rien, plus rien qu'un cadavre ambulant. Une coquille vide. Elle a perdu la seule personne qui ne l'ait jamais aimée, et Elle a crevé le jour où Celle qui était Son âme s'est tuée. Dès lors, Elle a cessé de lutter, Elle n'a plus rien fait pour être sauvée. Son unique moyen d'oublier c'est une lame apposée sur Son bras, un peu de sang versé sur Ses vêtements, des cicatrices au poignet. Et reprendre vie grâce aux mots des autres, écrits, sur l'écran de son ordinateur ; des mots qui l'emplissent. Elle est la poupée de chiffon et ces Histoires sont Ses fils. La lame, Son marionnettiste. __

« Painful Sorrow : mon Journal de la Douleur » c'est ça, la Souffrance à l'état brut.

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« Sois sage, ô ma douleur, et tiens-toi plus tranquille ! »
_ [ Charles BAUDELAIRE ] _

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Comments, News & Information

- Prologue bientôt en Ligne.
- PAS DE PUBLICITÉS MERCI, et ne faîtes pas comme si vous ne l'aviez pas vu.
- Commentaires expressifs appréciés.

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Et maintenant, bonne lecture à toutes et à tous
xoxo, Me*

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#Posté le dimanche 05 avril 2009 07:11

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 17:21

[ 0 ] Painful Sorrow [ 0 ] « Je ne vivais qu'à travers la douleur, que par la douleur. Et bientôt je ne vécus que pour elle. Toujours elle ; encore elle. La douleur. »

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_________La Douleur. La Douleur était tout ce que j'avais désormais. Elle était tout ce qui me faisait tenir aujourd'hui ; et tout ce qui m'avait toujours fait tenir, depuis des années. D'aussi loin que je me souvienne, tout autour de moi n'avait été que Douleur. Je ne vivais qu'à travers la Douleur, que par la Douleur. Et bientôt je ne vécus que pour Elle. Toujours Elle ; encore Elle. La Douleur. Partout ; tout le temps. Toujours. Je n'étais plus que Douleur, mais au fond je m'en moquais. Ce qui m'importait, c'était de tenir encore debout, ne pas flancher. Seulement garder la tête hors de l'eau. Juste assez pour ne pas me noyer complètement ; juste assez pour ne pas sombrer totalement.
La Douleur ; encore et toujours la Douleur. Chaque mouvement, chaque respiration. Chaque minute, chaque seconde. Chaque jour, chaque heure. Douleur. Douleur. Douleur. Je n'étais désormais que ça ; ma vie ne résumait plus qu'à ça ; je ne ressentirai jamais rien d'autre que ça. La Douleur. Elle m'emplissait comme un souffle de vie heurté dans ma gorge douloureuse, comme un poison dilué dans mon sang qui me tuait peu à peu, comme un dernier rempart sur le point de céder à la pression incessante.

La sensation de mourir à petit feu, lentement, douloureusement.
L'envie d'en finir au plus vite, arrêter la brulure du sang bourdonnant à mes tempes.
La Douleur à n'en plus pouvoir, la Douleur trop insupportable, la Douleur jusqu'au Néant.

Et c'est comme ça que, pour la première fois, la lame grise et glacée s'apposa sur mon bras.

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Comments & Information

Voilà, c'est une sorte de Prologue. En espérant qu'il vous ait plu. Premier chapitre en Ligne dès que possible.
xoxo, Me*

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#Posté le dimanche 05 avril 2009 16:26

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 17:21

[ 1 ] Painful Sorrow [ 1 ] « Et la morsure violente dans ma poitrine est plus douloureuse encore, écrasant mes poumons, mon c½ur dans ma cage thoracique oppressée. J'avais mal, tellement mal. »

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_________Le n½ud qui s'est formé dans mon ventre semble remonter jusqu'à ma gorge, m'étouffant de façon presque agréable. J'aime cette sensation, celle de revivre enfin après de longues heures de vide et d'indifférence. C'est comme si mon c½ur recommençait à battre après s'être douloureusement arrêté, c'est comme si la vie affluait en moi après avoir déserté chacun de mes membres avec une lenteur insupportable. Mes yeux parcourent les pages noircies avec avidité, toujours plus vite, toujours plus loin ; ne jamais m'arrêter, comme si ma vie en dépendait. Et peut être que c'était le cas, finalement. Ma vie dépend de ces lettres arrondies, de ces lignes déliées, de ces mots qui me transpercent par leur vérité, leur sincérité. Leur beauté. Ils me laissent vivre à travers leur sens, sans attendre de retour, me laissent devenir eux le temps de quelques pages. Et alors j'oublie tout ce qui n'est pas moi, eux. J'occulte le monde extérieur et un tout autre univers m'accueille en son sein, diffusant la chaleur vitale dans mon corps engourdi par ce Néant fait de glace et d'obscurité qu'est devenue ma misérable existence.
« Jenny, à table ! »
Je sursaute vivement, me pinçant la langue avec mes dents pour éviter de crier de surprise et c'est comme si on m'arrachait à une douce chaleur à laquelle je m'étais vite habituée ; trop vite sans doute. Et la morsure violente dans ma poitrine est plus douloureuse encore, écrasant mes poumons, mon c½ur dans ma cage thoracique oppressée. J'ai mal, tellement mal. Et chaque fois c'est pareil ; à me laisser aller au confort de la saveur de ces mots, j'en perdais l'habitude de mourir de l'intérieur.
« Allez, dépêche toi. Ça fait déjà trois fois qu'on t'appelle ! me houspille mon père avec dureté et je baisse les yeux sur mes mains moites.
- Oui, j'arrive. Désolée... je marmonne, la voix rauque. »
Encore tremblante, je me lève doucement de peur de ne pas pouvoir tenir sur mes jambes engourdies et flageolantes. Ma tête tourne encore agréablement des derniers spasmes de bonheur qui semblent déjà quitter mes veines comme refluent les vagues sur le sable blanc. Je n'ai pas tellement faim, à vrai dire je ne connaissais plus cette sensation ; j'étais comme vide de l'intérieur. Mais il faut donner le change, pour ne pas inquiéter les autres. Quoique ça n'aurait certainement rien changé que je sois présente ou non, mais je ne désire pas imposer ma propre douleur à celle des autres. Et ma seule faim était celle de partir vers mon autre monde celui où enfin je me sens revivre. Pour de bon, lorsque se dilue en moi cette chaleur qui réchauffe peu à peu tout mon corps d'habitude aussi froid que celui d'un cadavre.
« Tiens, mademoiselle daigne nous honorer de sa présence. Comme c'est aimable à toi ! Tu sais, si c'est pour rester cloitrée dans ta chambre tout le week-end, pourquoi ne restes-tu pas à Clermont dans ce cas là ? »
La voix, sèche et froide, de ma mère claque comme un fouet, me heurte en plein dans la poitrine comme un coup de poing. La sensation que mon c½ur s'était arrêté de battre est intense ; il me semble qu'on l'arrache de ma cage thoracique, faisant trainer en longueur ma lente agonie de sentir la vie me quitter petit à petit. Je m'assois à table, tête basse, sans broncher aux remarques acerbes de ma mère. Mère qui ne ressemblait plus en rien à celle que j'avais il y a quelques mois encore. Mais tout est de ma faute, et elle me donne entièrement raison sur ce point là, alors qui suis-je pour me plaindre ? Tout cela n'était que les conséquences de mes actes, et je me dois de les assumer. Comme une grande. Sans un mot de plus, elle me sert et repose mon assiette sous mes yeux vides.
« Je travaillais... je souffle dans une vague excuse.
- Mais bien sûr ! Arête ton cinéma, ton père m'a dit qu'il t'avait trouvée en train de lire. »
Je rentre la tête dans mes épaules plus encore et, évitant de lui répondre, je prends ma fourchette pour picorer un peu dans mon plat. Je sens la nausée monter, comme à chaque fois qu'il me faut me forcer à manger devant eux. Ma famille. Si j'avais eu la possibilité de le faire, je me serais ruée aux toilettes pour y vomir tripes et boyaux. Mais à quoi bon ? Mon ventre est vide, j'avais déjà à peine mangé à midi, et je ne tiens pas à m'effondrer sous leurs yeux. Alors j'avale ce que je peux, me retenant avec difficulté de ne pas tout régurgiter, là, sur la table. Un coup d'½il jeté à la place à ma droite et mon ventre se retourne une nouvelle fois, je sens mon estomac se révulser avec force, mon c½ur se serrer encore. Le souffle oppressé, je me mords les lèvres jusqu'au sang, et bientôt le goût métallique du liquide carmin m'emplit la bouche, retenant au mieux les larmes qui viennent embuer mes yeux. Ne pas pleurer, surtout ne pas crier, ne pas hurler de douleur, ne pas se frapper. Ne pas se jeter contre le mur pour s'ouvrir le crâne et oublier ne serait-ce qu'une seconde la douleur au creux de mes entrailles. Non, je n'avais pas le droit. Tout est de ma faute, je me dois d'assumer. Et d'endurer, en silence. Si Elle n'est plus là, c'est à cause de mes erreurs. La place vide laissée par ma s½ur à mes côtés me coupe le souffle, comme à chaque fois que mes yeux se posent sur cette chaise en osier de la salle à manger. J'ai si mal. Et je dois serrer un peu plus les dents pour ne pas craquer. Je le pourrai plus tard, mais pas tout de suite. Pas encore. Pas maintenant. Pressant mes paupières, je tourne mon visage vers mon assiette, ne relevant le regard qu'à hauteur de mon verre, comme j'en ai pris l'habitude depuis sa disparition, voilà quatre mois. Sept jours. Quinze heures. Et trente-six minutes. Je compte chaque seconde qui s'écoule depuis notre accident, depuis ce terrible jour où je l'ai perdue, Elle. Ma s½ur. Mon ventre se tord encore une fois, la bile envahit ma bouche ne laissant que le goût amer du regret accompagné de celui, acide, de la culpabilité. Les larmes me brûlent les yeux, ma vue se brouillant derrière cet écran rouge de haine et de colère. Depuis l'instant même où je l'avais perdue à jamais, la douleur m'avait pris aux tripes, me consumant chaque jour un peu plus, me détruisant à petit feu, tout doucement, dans la plus lente de tortures. Le temps me paraissait comme ralenti, ne semblait pas vouloir passer, rallongeant mon agonie. Quand l'air vient à me manquer cruellement, je me suis rappelé de respirer profondément, laissant l'oxygène envahir à nouveau mes poumons et j'ai eu l'impression qu'une lame chauffée à blanc me transperçait le corps.
« Jenny ? (...) Jenny, tu m'écoutes ? »
La main de mon père se pose sur mon avant bras à moitié dénudé et je frissonne. Son contact me brûle la peau, et j'en suis presque éc½urée. Comment peut-il toucher cette horreur ? Ne voit-il pas qu'il se salit ainsi ? Il est si moche, si dégoûtant. Comment fait-il pour ne pas le remarquer ? J'ai vrillé mon regard au sien, comme par automatisme, encore hébétée par la souffrance des souvenirs qui avaient afflué.
« Si tu n'as pas faim, tu peux sortir de table, m'apostrophe ma mère avec dureté. Ne te sens pas obligée de nous imposer ta présence surtout ! »
Je serre les dents, replis mon bras sur mon ventre cependant qu'il se contracte sous la violence crue de ses mots qui m'atteignaient toujours plus que je ne l'aurais voulu.
« Non... Non, non j'ai faim, je réponds faiblement. D'ailleurs, c'est très bon... maman. »
Elle ne m'accorde qu'un bref regard glacial, pas même un remerciement et je replonge le nez dans mon assiette encore aux trois quart pleine. J'avale ma salive avec difficulté. Il fut un temps où j'appréciais la cuisine de ma mère ; elle avait toujours tellement bien cuisiné. Encore aujourd'hui, elle cuisine divinement bien. Non, encore une fois le problème vient de moi ; je n'ai désormais plus goût à rien. Tout se ressemble dans ma bouche, tout a un sale goût de papier mâché et de carton. Je ne distingue plus rien de l'arôme de sa cuisine quasi-parfaite, tout a invariablement la même texture, la même saveur. Et quand je porte une fois encore la fourchette à ma bouche, les gestes lents et calculés, je prie pour ne pas m'évanouir de dégoût devant eux. Je saute le fromage, vais me prendre un rapide dessert, au chocolat - toujours - dans le réfrigérateur de la cuisine, attrapant enfin une pomme au passage. Je ne dois plus traîner, je me sens faiblir un peu plus à chaque seconde qui passe. Mon ventre se révulse en spasmes irréguliers de plus en plus douloureux et tous mes membres sont pris de convulsions. Je sens mes entrailles se déchirer de douleur, l'envie de vomir revenant encore et encore. Encore et toujours. J'ai si mal, je suis si mal. Et les larmes me brûlent toujours les yeux, et cette boule est toujours là qui enserre ma gorge à m'en étouffer. Jusqu'à en suffoquer. Il m'était parfois étrange de voir que personne ne semblait le remarquer autour de moi. Ni mes amis proches, ni le reste du monde. Pas même ma propre famille. Personne. Jamais personne ne paraissait voir à quel point je souffrais, à quel point j'avais mal. Et j'avais mal, terriblement mal ; c'était certain. C'est une évidence dont moi seule suis consciente, apparemment. Et ça, ça fait encore plus mal. Mais j'ai finalement appris à vivre avec la douleur, sans la faire partager ; à la cacher aux yeux de tous, pour me protéger. Je ne suis plus qu'une coquille vide ; une coquille vide de douleur. Elle remplit ce trou béant dans ma poitrine, comblant la déchirure de mon c½ur, mon ventre, mes tripes. Et personne ne le voit. Jamais. J'avale ma crème au chocolat sans grand enthousiasme, et alors que je m'apprête à débarrasser ma table, mon frère m'apostrophe de sa voix fluette :
« Jenny, je peux regarder les Simpson dans ta chambre ce soir, dis ? »
Immobile au plein milieu du passage, j'ai dû me mordre la langue pour ne pas lui lancer une réplique bien acide en pleine figure. Comme si il se gênait. Cela faisait des mois et des mois qu'on regardait ce dessin animé à l'humour plus que douteux, ensemble, dans ma chambre. Comme si ça allait changer.
« Comme tous les samedis soirs, Calvin... Comme tous les samedis soirs, je lui réponds d'une voix atone. »
Et je repars, ne lui ayant même pas jeté un coup d'½il. Parfois, sa simple vue m'insupportait. J'éprouvais tant d'antipathie envers mon frère que je n'étais plus capable de le regarder, même dans les yeux. Parce que dès que je posais mon regard sur lui, je ressentais cette brûlure au creux de mon estomac qui venait annihiler toute pensée logique et me consumer de l'intérieur. Ça me faisait tellement mal, et c'était à la fois si bon. Si bon de se sentir vivre. Vivre, même à travers cette haine farouche qui me tordait le ventre. Et, à chaque fois, ma vue se brouillait, mon sang bouillonnait dans mes veines. Et je ne voyais plus que ça, ne sentais plus que ça. N'existais plus que pour ça. Que par ça. Cette envie irrépressible de blesser mon frère, de lui faire du mal. Jusqu'à ce qu'il en meure. Puis le dégoût de moi-même revenant en force par vagues immenses, je serrais alors les poings, laissant mes ongles déchirer ma peau, pénétrer ma chair. Et la douleur semblait me laver, me purifier de toute la haine que j'éprouvais à l'égard de cet être auquel j'étais liée par le sang. Quoiqu'il puisse arriver. Je serre les dents tout en me lavant vigoureusement les mains. Je frotte fort, si fort qu'elles en deviennent rouge brique. Et l'eau presque glacée qui agresse ma peau de la plus délicieuse des façons n'arrange rien à leur état. Mais je m'en fichais, cela m'était égal. Mon c½ur bat vite, trop vite ; j'ai la respiration courte, trop courte ; mon corps devient tremblant, trop tremblant. Passant fébrilement une main sur mon front moite, je rencontre mon regard éperdu dans le reflet que me renvoie le miroir de la salle de bains. Et je grimace. Je semble sur le point de m'évanouir à tout moment, le teint plus pâle que d'ordinaire, les lèvres asséchées, la bouche pâteuse. Je réussis à me réfugier rapidement dans ma chambre, sans ne plus croiser personne. Et je le retrouve enfin, m'attendant, comme toujours : le cocon chaleureux de ma chambre. Très vite, la boule dans ma gorge se desserre et ma respiration se fait plus facile. Et même si la souffrance reste comme ancrée à l'intérieur, marque indélébile au fer rouge sur ma chair mutilée, j'oublie un peu les spasmes violents de mon ventre qui se contracte toujours aussi douloureusement. Je m'allonge sur le lit qui grince sous mon poids, et les larmes coulent à flot, d'elles même. Sans les avoir invitées, elles étaient là, dévalant mes joues dans une longue cascade interminable. Je ne m'étonne que très peu de sentir leur contact me brûler, habituée depuis trop longtemps que j'étais à cette acidité qui semblait ronger mon épiderme, s'attaquant à la moindre parcelle de peau de mon visage rond. Et isolée dans cette sécurité que m'offrait ma chambre, je me laisse aller à ma peine, ma douleur, ma haine. Je me recroqueville sur moi-même, les bras repliés contre mon ventre, pressés contre mes cuisses, et je me mords avec force jusqu'à m'ouvrir la lèvre quand je fais pénétrer mes ongles dans la chair de mes avant-bras. Le goût métallique envahit ma bouche, je sens le liquide poisseux couler lentement sur mon menton. Je gémis faiblement ; mon ventre se serre, se révulse de dégoût. Toutes sortes de sensations différentes affluent et leur violence me coupe le souffle, si bien que je crois presque m'évanouir sous l'élancement trop brutal. Puis la tempête de douleur se dissipe, aussi soudainement qu'elle était apparue, ne laissant bientôt plus que le Néant pour m'envelopper toute entière dans son obscurité réparatrice. Mes oreilles bourdonnent encore sourdement, le sang pulse toujours aussi violemment à mes tempes. Par précaution, je garde mes paupières clauses pendant un moment, de peur de voir le monde tanguer à nouveau autour de moi, de sentir cette furieuse envie de vomir réapparaitre avec force. Et enfin, je retrouve lentement mes facultés sensorielles et peux me relever, le corps endolori et aux prises de tremblements convulsifs, la bouche sèche, la tête sur le point d'exploser. Elle tambourinait, assourdissante cacophonie qui prenait un malin plaisir à meurtrir mes tympans. La vue trouble, je tente une approche la plus silencieuse possible vers la cuisine afin d'y chercher un verre d'eau et un médicament, ne supportant plus la douleur qui me vrillait le crâne et sentant la bile remonter jusqu'à ma bouche. Toujours cette envie de vomir tripes et boyaux à n'importe quel moment. Toujours cette sensation que mon estomac se retournait à chaque seconde. Toujours cette crampe dans mon ventre qui me comprimait à l'intérieur. Et bientôt je ressens la nausée jusque dans ma poitrine, le c½ur soudain plus lourd et plus douloureux encore. J'aurais voulu pouvoir plonger la main dans ma poitrine et y arracher cet organe qui n'était plus désormais qu'un amas de chair morte. J'aurais tant voulu. J'aurais pu enfin me débarrasser de toute cette douleur, de la culpabilité, me débarrasser de ma vie. Ma vie qui n'était plus qu'un sale cadeau empoisonné. Cette seule pensée amène à nouveau un flot de larmes au bord des mes yeux que je ne contiens que difficilement. Oubliant l'aspirine déjà diluée dans mon verre d'eau, je me réfugie dans ma chambre, les bras resserrés autour de mon ventre. Je ne prends même pas la peine de m'allonger sur mon lit, je me laisse glisser à terre à peine entrée dans la pièce et, recroquevillée sur moi-même, je laisse la vague des sentiments affluer, me submerger et m'engloutir. Le noir se fait autour de moi, ne laissant plus que le son des battements affolés de mon c½ur entre mes côtes et qui se répercutent jusque dans ma tête. J'avais juste l'impression qu'une main de fer me maintenait à terre, en position de faiblesse, abandonnée à la violence de cette étreinte douloureuse. N'étant plus capable d'aucun mouvement, je ne fais que geindre faiblement. Pitoyablement. Si j'en avais encore eu la force, j'aurais certainement rougi de honte. Il m'était parfois difficile de voir jusqu'où la condition humaine pouvait faire tomber quelqu'un, pouvait m'avoir faite tomber. Si bas ; tellement bas. Existait-il seulement une porte de sortie ? Une issue de secours, peut être ? J'ai mal au ventre, à la tête, au c½ur. Aux bras. Ils semblent me brûler et je ressens ce picotement dévastateur avec une intensité affolante jusque dans ma chair. Et je savais, en mon for intérieur, ce que tout cela signifiait : l'envie me reprenait, vicieuse et sournoise. Ce besoin me submergeait, totalitaire et poignant. Je serre les dents, cherchant par tous les moyens de ne pas craquer, de ne pas me laisser aller. D'oublier cette attirance morbide et sanglante. Mais bientôt, la sensation d'une lame qui se glisse sur mon bras m'obsède. Je ne vois plus que son éclat argenté qui court sur ma chair diaphane, je ne perçois plus que le déchirement de ma peau. Et le bien être me noie, m'enivre. Je pouvais déjà sentir les effets libérateurs m'envahir avec force, me heurtant en pleine poitrine. L'envie n'en devient que plus forte encore. Je halète, la gorge sèche et douloureuse ; et lorsque j'ouvre à nouveau les yeux, je m'aperçois que je tremble. Alors je m'oblige à respirer lentement, profondément, et mon souffle n'est plus qu'un sifflement rauque. Les larmes ont coulé indépendamment de ma volonté et je peux sentir leur sillon humide sur mes joues, leur goût de sel sur mes lèvres, leur trace sur ma chair. La lumière de mon halogène m'aveugle, me faisant cligner des paupières, brûlant presque mes prunelles. Je tente de me relever, échoue, réessaye une nouvelle fois. Je ne réussis finalement qu'à m'effondrer sur mon lit aux draps défaits, les jambes encore flageolantes. Je laisse à mon c½ur le temps de retrouver un rythme plus régulier avant de faire le moindre mouvement, figée, allongée par-dessus ma couverture chaude. Son contact paraît m'apaiser, m'éclaircir les idées et je prends conscience de mon état actuel : mon front est humide de sueur, je la sens couler le long de ma colonne vertébrale ; une main de fer étreigne mon estomac sans douceur, j'en ai le souffle coupé ; je sens mon sang bouillonner sous ma peau, il me brûle de l'intérieur. Et je laisse mes ongles lacérer la peau de mes bras. Violemment, frénétiquement. Sans pour autant le voir, je sens bientôt ma chair qui se déchire jusqu'à ce que le liquide trace une ligne fraîche sur mon avant bras bouillant. Et le sang coule. Mon sang coule tandis que mes ongles m'écorchent toujours plus, libérant la douleur qui pourrissait depuis trop longtemps sous l'écorce de ma peau.

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Comments & Information

Updated on May, 2nd.

StarrinG : Vanessa HUDGENS as Jennyfer LYFFET.

Voilà pour le premier chapitre. En espérant qu'il vous ait plu. Deuxième chapitre en Ligne dès que possible.
xoxo, Me*

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#Posté le dimanche 05 avril 2009 16:36

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 17:22

[ 2 ] Painful Sorrow [ 2 ] « Je suis morte le jour où je L'ai tuée. »

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_________Mon frère est entré dans ma chambre comme en territoire conquis, habitué qu'il était à ne pas frapper ni demander la permission pour quoique ce soit. Personne ne frappait jamais aux portes de toute façon dans cette famille. J'étais assise à mon bureau, lui tournant le dos, et il n'a rien vu de mon état. Bien évidemment. Je suis devenue bonne actrice à force de jouer ce rôle qui me collait, épousait mes formes comme une seconde peau. Il n'a rien aperçu des sillons translucides de mes larmes. Et je n'ai rien montré de mon ventre déchiré de douleur. Bien évidemment. Il a simplement demandé « Tu regardes quelque chose ? » et j'ai grogné un vague « Non, non » d'une voix atone tout en le maudissant intérieurement de ne pas me laisser tranquille, au moins pour une fois. Et après un furtif coup d'½il à ma télévision, je me suis mordue les lèvres jusqu'au sang pour ne pas lui balancer une réponse cinglante en pleine figure sur le fait que si elle était éteinte, il était alors évident que je ne regardais rien. J'ai serré les poings, préférant me concentrer sur les mots fluides et lourds de sens qui venaient m'envahir petit à petit pour se couler en moi, telle une immense vague de lave incandescente. La chaleur du bien être revient enfin, ma cage thoracique semble se desserrer un peu, mes poumons me brûlent de façon moins puissante. L'air s'engouffre à nouveau dans mes narines, envahissant ma poitrine le temps d'une caresse agréable. Mais bientôt, le rire gras et totalement niais d'Homer Simpson a résonné trop désagréablement à mes oreilles. Les blagues douteuses et immatures se sont enchaînées, plus idiotes les unes que les autres. Et Calvin a ri. Encore et encore. Et sa bonne humeur m'a transpercé le c½ur, le son clair de ses éclats de rire pareil à une lame aiguisée en pleine poitrine. Je l'enviais, je le jalousais. J'enviais cette naïveté pleine de fraîcheur, son innocence toute enfantine. Je jalousais ce bonheur, même fugace, cependant que j'étais dès lors incapable d'éprouver la moindre satisfaction depuis des mois. Cette constatation me fait serrer les dents, la rage me brûlant les entrailles, la colère me bouffant le ventre. Et je le haïssais. Par-dessus tout, je le haïssais de toutes mes forces. Je le haïssais de pouvoir être encore heureux, de pouvoir sourire, de pouvoir être à nouveau aimé. Je me sens happée par la ranc½ur irrationnelle que j'éprouvais, elle m'envahit, me brûle de part en part. Alors j'ai serré les dents fort, si fort que j'en ai eu mal à avoir les larmes aux yeux. Le voile humide brouille mon regard pendant un instant, j'ai du mal à respirer durant un moment. Et Calvin continuait de rire, encore, alors que je ne suis qu'à quelques centimètres et que tout en moi lui crie d'arrêter tout ce tapage. Ma tête semblait sur le point d'exploser. Mais je ne dis rien, je le laisse faire ; comme si j'avais encore le secret espoir que son bonheur veuille bien glisser jusqu'à moi, se couler en moi pour y déverser ses flots chaleureux et bienfaisants. Pourtant, je restais inlassablement vide et froide. Glacée. Inévitablement, j'étais toujours aussi gelée de l'intérieur, pathétique dépouille d'un corps déchiré. Déchiré de haine et de souffrance, déchiré de douleur et de colère. Je n'étais plus qu'un pantin désarticulé, une poupée de chiffon aux couleurs délavées, usée par le temps qui passait inexorablement. La bile me remonte doucement jusqu'à la bouche, me brûlant la gorge tandis que je me mords la langue avec force. Le goût ferrailleux du sang envahit ma bouche, la douleur m'irradie de partout à la fois, le liquide rouge semble glisser jusqu'à mes lèvres. J'aurais pu vomir dans l'instant ; j'aurais voulu dégueuler tout le poison qui coulait dans mes veines, me bouffait les entrailles petit à petit, me broyait le c½ur sans arrêt. Le souffle heurté, je m'efforce de me calmer avant de hurler, de me tordre de douleur, de me lacérer la peau à l'aide de mes ongles. Je serre les dents, il ne faut pas que je craque. Pas maintenant, pas déjà. Je sens mes narines palpiter furieusement, rendant ma respiration presque sifflante et d'autant plus difficile ; je vois l'écran de larmes revenir obstruer mes yeux, dissimulant le reste du monde derrière son voile translucide ; j'entends mon c½ur battre à grands coups sourds contre mes côtes, écrasant mes poumons au passage.
« Jenny ? Ça va ? »
La voix fluette glisse sur moi comme une caresse à peine esquissée. Le ton était doux ; la voix, pleine de chaleur. Je sens plus que je ne vois Calvin faire un geste dans ma direction avant de revenir à sa place. Ses petits yeux bleus me fixaient pourtant toujours, insistants.
« Oui, je... J'ai juste un peu mal à mal à la tête. Rien de grave. »
Mon frère ne semble pas faire attention à la nuance rauque qu'avait pris ma voix, je fais comme si de rien n'était. Il acquiesce, paraît se concentrer à nouveau sur la télévision. En revanche, son regard dérive plusieurs fois jusqu'à moi. Il semble hésiter, ouvre la bouche, la referme.
« Est-ce qu'elle te manque à toi aussi ? »
La question est comme un coup de poing dans le ventre, elle me bloque la respiration. Quelque chose à l'intérieur de ma poitrine se déchire, la plaie sanglante s'est rouverte plus douloureuse encore. Mes muscles se tendent.
« Parce qu'elle me manque à moi. Beaucoup. Et je voulais savoir si c'était pareil pour toi. »
Chaque mot était autant de poignards enfoncés avec lenteur dans ma peau, de lames lacérant ma chair, la labourant sans ménagement. Et lorsque je vois les larmes glisser lentement le long des joues de mon frère, la douleur enserre ma tête comme dans un étau de fer. Je détourne les yeux, incapable de supporter le spectacle d'une souffrance égale à la mienne. Je suis clouée sur ma chaise, trop faible pour me lever, trop lâche pour aller le réconforter. Lui donner ce dont il avait besoin, ce qu'il attendait. Je ne me sens pas capable de l'aider. Je ne le pouvais pas, ne le pouvais plus. J'avais juste le réflexe de me rendre insensible et de faire comme si rien ne se passait, comme si je n'avais pas, là, sous mes yeux mon frère en train de larmoyer. Parce que j'avais trop peur de craquer à nouveau moi-même, parce que ce qu'il éprouvait était identique à ce que je ressentais, que ce lien presque invisible entre nous me faisait peur, me faisait horreur. J'aurais voulu l'ignorer, ne pas voir que mon frère avait besoin de moi, qu'il n'était pas assez fort pour s'en sortir seul et que j'étais certainement responsable de l'était dans lequel il se trouvait maintenant. Et puisque notre douleur se ressemblait tellement, nous nous comprenions quelque part, nous étions plus proches. Mais je ne le voulais pas. Ça apportait trop d'emmerdes, trop de complications. Ça apportait trop de changements. Je me mords la lèvre inférieure, consciente de mon inhumanité. J'étais devenue aussi froide qu'un iceberg, la souffrance de sa perte avait gelé mon c½ur, elle avait raidi mon corps. Après tout, je n'étais plus qu'un cadavre ambulant. Une mort-vivante.
« Jenny ? Elle te manque ? Debbra te manque à toi aussi ? »
Je gémis faiblement, les paupières pressées. J'enfouis mon visage contre mon épaule, me retenant à grand peine de ne pas me jeter sur mon frère pour le faire taire. Le frapper de toutes mes forces et lui crier d'arrêter. Ne plus avoir à entendre ces vérités qui faisaient mal, ne pas avoir à regarder la vérité en face. Oublier. Ne plus penser. Rejeter l'éventualité qu'elle puisse me manquer, même un peu. Je ne voulais pas avoir mal, je souffrais déjà trop ; je ne voulais pas me souvenir de son sourire, il était trop éclatant de bonheur ; je ne voulais pas me rappeler de sa présence, elle était trop chaleureuse. Et le trou béant dans la poitrine qu'elle avait laissé en partant s'agrandissait un peu plus chaque jour sans que rien ne semble le guérir. Alors admettre que ma s½ur me manquait, me manquait à en crever, serait la fin. Le début de ma fin. La douleur dans mes poings trop serrés m'empêche de sombrer totalement, à demi-consciente que je suis encore de la réalité. Le frêle corps tout chaud de mon frère qui vient se blottir contre moi est comme un électrochoc. L'onde se répercute en moi, violente et inattendue. Je la sens marteler contre ma cage thoracique, soulever mon c½ur, se balancer entre mes poumons, atteindre ma tête avant de redescendre jusqu'à mon estomac pour le retourner encore et encore. Je reste saisie, paralysée par le contact de la peau de mon frère contre la mienne. Indiciblement, mon corps se met à trembler. Je me sens transpercée de part en part et les larmes qui viennent glisser dans mon cou me brûlent la chair comme un fer rouge. Je déglutis avec difficulté, manquant de m'étouffer alors que je peine à respirer. Je ne savais pas quoi faire, je ne pouvais rien faire. J'étais comme anesthésiée, seules les sensations affluaient en moi dans un déchainement d'une agressivité inouïe. Je sens sur moi la chaleur de mon frère, dégoulinant sur ma peau ; son souffle irrégulier est pareil à un vent sec et aride, piquant. Et je me suis détestée en sentant un sillon humide se tracer lentement sur ma joue. La douleur revient comme une vague puissante, elle allait détruire tout de ce que je m'étais efforcée de construire et finirait par m'anéantir. Avec la force du désespoir je plante mes ongles dans la paume de mes mains, seul moyen que j'avais désormais à ma disposition pour ne pas me laisser aller. Mais j'étais consciente que tout en moi était sur le point de céder, je savais bien que je ne tiendrais plus très longtemps ; parce que la brûlure que m'imposait mon frère par son rapprochement venait de me transpercer, de briser mes dernières réticences. Et dans un geste encore mécanique, je me vois passer un bras autour des épaules encore frêles de Calvin, le laissant se coller un peu plus contre moi, sa tête posée un peu plus au creux de mon cou.
« Elle... Elle me manque... À moi aussi. »
Les mots m'avaient écorché les lèvres, ils m'avaient brûlé la gorge. Le goût amer de la ranc½ur restait sur ma langue, je le sens qui se dilue dans ma bouche comme un venin. Et leur réalité semble se matérialiser, aussi frappante qu'un coup de poignard porté en pleine poitrine. Elle glace mon sang dans mes veines, raidissant mon corps un peu plus encore. Je n'avais jamais pu le dire à voix haute, je n'avais jamais osé. Je n'avais jamais trouvé le courage d'admettre cet état de fait, de peur de la violence de ce que cela impliquerait par la suite. Je n'avais tout simplement pas voulu souffrir plus encore que je ne souffrais déjà. Mais désormais, tout venait de s'effondrer. Tout s'était écroulé en seulement une ou deux secondes, le temps pour moi de laisser échapper leur douloureuse vérité. Et la culpabilité s'engouffre en moi, insidieuse et poisseuse ; je la sens qui serpente le long de mon dos, s'enroulant autour de mon cou. Elle m'étouffe, je suffoque.
« Elle me manque... »
Mes mots se sont répercutés dans mon crâne ; leur litanie s'est répétée sans fin, leur écho m'a frappé jusqu'au c½ur. Et c'est douloureux. Douloureux parce que le trou béant dans mon ventre gronde dangereusement ; douloureux parce que la déchirure de ma poitrine saigne plus que jamais. Douloureux parce que je suis responsable de la mort de ma s½ur. Debbra était morte, et c'est entièrement de ma faute. Elle était morte et je ne peux rien contre ça. Debbra était morte, définitivement morte.
Morte.
Le mot résonne en moi comme une plainte aigüe m'écorchant de partout, me déchirant de l'intérieur. Mon corps tout entier tremble, secoué de sanglots silencieux. Contre moi, mon frère pleurait toujours ; il s'accrochait à mon débardeur comme un noyé se cramponnerait à une bouée de sauvetage. Sa peine me transperçait, je la ressentais comme une coupure sur ma peau. Elle était là, déchirant ma chair ; je la voyais presque apposer sa marque funeste sur moi. Je déglutis avec difficulté, les mains tremblantes. Je suis restée stoïque, j'ai l'impression d'être statufiée contre Calvin. Paralysée par la panique qui me serre les entrailles, je n'ose bouger de peur de craquer. Je sens mes muscles tendus à l'extrême, noués d'angoisse. J'ai peur. Les sanglots semblent me marteler les tempes, pareils à une plainte qui déchirerait l'air moite et lourd de ma chambre. Je peux sentir la respiration de Calvin erratique sur ma clavicule, son souffle est brûlant contre ma peau dénudée. Je ne l'avais jamais vu dans un tel état de détresse, pas depuis l'enterrement. Il paraissait si détaché de tout ce qui était arrivé, il avait semblé si indifférent. Et quelque part, je l'avais un peu plus détesté pour ça. Autant que je l'avais une nouvelle fois envié. Parce qu'à mes yeux, mon frère avait su faire son deuil cependant que je n'acceptais toujours pas cet état de fait : Debbra ne reviendrait plus. Et la seule possibilité que Calvin ait réussi à combattre la douleur m'avait crispée de colère, m'avait glacée de haine. Mais je me rends compte que, tout comme moi, il s'était retrouvé seul. Seul pour affronter quelque chose qui le dépassait, quelque chose qu'il ne comprenait peut être pas. Quelque chose qu'il n'admettait toujours pas. Comme moi. La constatation est comme un coup eu c½ur, il compresse ma poitrine, enserre mes poumons jusqu'à ce que l'air vienne à me manquer. Machinalement, je pose ma joue sur le sommet de son crâne. Il se tend imperceptiblement, je le sens qui bloque sa respiration durant une infime seconde. Et ma main se met à frotter doucement son dos dans un geste plein de maladresse, déjà mon frère paraît se calmer. Il s'apaise.
« Calvin... Hey Calvin, tu m'écoutes ? »
Il acquiesce, la tête toujours nichée contre ma nuque.
« Tu devrais aller dormir. Les Simpson ce sera pour une autre fois, d'accord ? »
À nouveau, la même réponse muette. Il redresse lentement, comme s'il venait de se réveiller. Et la vue de son visage humide et blafard, de ses yeux rouges et encore gonflés de larmes me serre le ventre. J'ai soudain mal au c½ur. Il sort de ma chambre à pas lents, la démarche hésitante ; j'aurais pu l'aider si mes jambes avaient eu assez de force pour me porter. Juste avant de refermer ma porte, mon frère s'arrête.
« Jenny... commence-t-il, la voix enrouée. Tu sais, t'es ma s½ur et... Et je t'aime. Beaucoup. »
Trop sonnée pour lui répondre, je le regarde disparaître derrière le bois vert anis comme au ralenti. Ses yeux d'un bleu électrique ont le temps de croiser les miens juste avant de disparaître à leur tour. Sa phrase fait écho jusque dans ma cage thoracique, m'ébranlant avec force. Elle se répète, encore et encore ; elle se répète telle une litanie sans fin. Et les larmes ont coulé. Elles ont dévalé mes joues, suivi la courbe de ma gorge, laissant leur trace sur ma peau. Le sillon humide me brûle. Et mes bras tremblent. J'ai seulement la force d'ouvrir un tiroir de mon bureau, d'y prendre ma petite boite rose avant de me jeter sur mon lit, la tête tapie dans mon coussin. Il étouffe mes hoquets irréguliers ; j'ai l'impression que je vais bientôt commencer à suffoquer. Je sens mon ventre se comprimer, il semble se révulser, se retourner. J'ai peur de vomir, j'ai le sale goût acide de la bile qui me brûle la gorge. Je resserre mes doigts autour de la boîte dans ma main, les coins s'enfoncent dans ma paume et je sens la peau qui commence à se déchirer, juste en surface. Les cicatrices encore fraîches sur mon bras irradient mon être de douleur, j'ai l'impression qu'elle me consume de l'intérieur. Et le besoin me submerge, oppressant. Il se dilue en moi comme un véritable poison, je le sens qui parcoure mes veines, faisant bouillonner mon sang. Je ne lutte pas, je n'essaye même pas de lutter. Je sais que j'ai perdu d'avance cette bataille contre moi-même. Je n'ai jamais gagné et n'ai jamais cherché à sortir victorieuse de ce combat contre ma douleur. Elle est la plus forte, je l'ai admis voilà bien longtemps. J'ai baissé les bras, rendu les armes face à elle ; je ne suis plus qu'une loque humaine et elle m'apporte une infime délivrance dont je ne peux plus me passer. Je me suis résignée. Et je suis consciente de ce que je suis sur le point de faire, de ce qui va arriver. Inévitablement. Avec des gestes précautionneux, je soulève lentement le couvercle rose bonbon et bientôt l'éclat argenté agresse mes pupilles dilatées. Le contraste entre la couleur si enfantine et la connotation morbide de ce que j'y cachais m'a toujours fait sourire avec dérision. Quelle ironie que de dissimuler à la vue de tous sous un carton à l'effigie des princesse Disney mes trois lames ! Je caresse l'une d'entre elles du bout du doigt et laisse un frisson remonter le long de mon échine. De dégoût ou d'anticipation, sentir ce contact de glace sous mes mains me faisait toujours trembler plus ou moins violemment. Mais cela n'est rien comparé aux spasmes frénétiques qui me comprimaient le ventre chaque fois que je faisais glisser la lame sur la peau diaphane de mon bras. Rien que cette pensée me fait gémir faiblement. J'ai déjà la lame dans ma main, j'ai déjà la sensation de l'acier déchirant ma chair, je me vois déjà me couper jusqu'à ouvrir mon épiderme, enfoncer la lame bien profond, taillader lentement mon avant-bras. Et enfin sentir la libération arriver en voyant le sang gicler, couler, tracer son sillon rougeâtre sur moi, laissant sa trace fine derrière lui. La respiration affolée et les yeux voilés, j'ai suivi le mouvement de ma main vers mon avant-bras comme à travers un rêve. Le monde autour de moi disparaissait derrière une brume épaisse et étouffante. Je sentais la chaleur m'envahir peu à peu, rougissant mes joues comme si j'étais fiévreuse. L'envie me consume de l'intérieur, elle me brûle les entrailles. Aussi n'ai-je pas résisté. J'ai apposé la lame sur mon bras, frissonnant sous le contact glacé et enfin j'ai fait couler mon sang, une nouvelle fois. Toujours plus longues, toujours plus profondes, j'ai tracé de nouvelles lignes sur ma peau alors que la douleur m'irradiait toute entière. Je l'ai laissée m'emporter dans sa vague puissante, faisant tourbillonner le monde autour de moi. Je dois fermer les paupières. Et ma main scarifie toujours mon bras. Et mes doigts mutilent encore ma peau. Et ma lame entaille à nouveau ma chair. La douleur m'emplit, je me sens moins vide. Le rythme accéléré de mon c½ur fait pulser le sang un peu partout à l'intérieur de moi, mes muscles se contractent un à un en spasmes réguliers. La sensation de reprendre vie est la libération furtive que j'attendais, que je demandais. Tout n'est plus que souffrance aigüe et je me sens bien ; tout n'est plus que douleur lancinante et je me sens plus légère. Et quand tout est fini et que j'ouvre à nouveau les yeux, la lumière m'aveugle. Je ne vois qu'après un temps le résultat de ma folie destructrice, de mon addiction morbide. Un D. Sur mon bras, la lettre est tracée, là, encore sanglante. Encore dégoulinante et poisseuse du liquide de Vie. Un D. Sur ma peau, j'ai tracé la preuve flagrante de ma culpabilité ; culpabilité qui me rongeait les tripes. Un D. Il est là, il me nargue. Il est là, apportant la nouvelle vague de douleur avec lui. Un D.
Un D pour Debbra.
J'étouffe un sanglot, la tête sur le point d'imploser, mon sang tambourinant à mes tempes. Je me mords les lèvres et m'effondre sur le lit. Je semble perdre conscience. Tout s'évanouit ; tout devient noir. Le Néant m'a engloutie.

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Comments & Information

StarrinG : Vanessa HUDGENS as Jennyfer LYFFET.
Starring : Jackson BRUNDAGE as Calvin LYFFET.

Voilà pour le deuxième chapitre. En espérant qu'il vous ait plu. Troisième chapitre en Ligne dès que possible.
xoxo, Me*

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#Posté le samedi 02 mai 2009 18:18

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 17:22

[ 3 ] Painful Sorrow [ 3 ] « On dit que l'amour rend aveugle, mais toi tu as carrément les deux yeux crevés ! »

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[ Flash Back - Seven months earlier ]

_________Jamais je n'aurais cru vivre ça un jour. Je devais certainement délirer. Ou bien, j'étais devenue folle peut-être.
« Allez, Jenny ! S'il te plaît ! »
Les yeux faussement larmoyants, ma s½ur me regardait sur le pas de la porte de ma chambre. Elle se dandinait d'un pied sur l'autre, les mains jointes devant elle.
« Et depuis quand tu t'intéresses au lèche-vitrines, toi ? je lui demande, les bras croisés sur ma poitrine, les yeux plissés de suspicion. Tu n'as jamais aimé faire les boutiques, jamais. Maman est à chaque fois obligée de te trainer de force ne serait-ce que pour aller t'acheter une paire de chaussures ! Et tu voudrais me faire croire que, d'un coup d'un seul, tu veux faire les boutiques ? Avec moi ? »
Je la vois baisser les yeux, les joues rougissantes. Elle se tord les mains, elle se mord la lèvre inférieure. Je me sens sourire avec ironie, presque de façon mesquine. Debbra est nerveuse ; je le sens, je le sais. Et je m'en amuse. Elle est parfois si prévisible, ma s½ur.
« J'ai... Je... Je vois Joshua ce week-end, murmure-t-elle entre ses dents avant de passer une main fébrile dans ses longs cheveux d'ébène.
- Pardon ? Qu'est-ce que tu as dit ? Je n'ai pas très bien entendu. »
Je souris de toutes mes dents mais elle ne le voit pas. Elle reste le regard fixé sur ses chaussons Betty Boop pour ne pas me montrer qu'elle est gênée au possible. Je me retiens difficilement de ne pas pouffer comme une gamine.
« Je vois Joshua ce week-end, répète-t-elle avec la voix quelque peu tremblante. »
Puis elle relève la tête, croise mon regard rieur puis semble faussement s'offusquer, les sourcils froncés de mécontentement.
« Jenny ! braille-t-elle, les yeux brillants. Arrête de te foutre de moi ! »
J'éclate franchement de rire cependant que ma s½ur se renfrogne légèrement avant de me suivre de peu. Nos rires résonnent, ils se répercutent contre les murs verts d'eau de ma chambre.
« Je dois juste finir ma compo d'Histoire, je lui dis une fois calmée. Je pense pouvoir être prête dans une demi-heure, ça te va ? On ira en ville si tu veux ; je te laisse prévenir maman. Parce que si tu vois ton copain ce week-end, alors oui c'est une urgence ! »
Elle me sourit, creusant une fossette à sa joue gauche. Ses yeux brillent. Elle vient jusqu'à moi de sa démarche dansante et me serre dans ses bras. Elle claque un baiser sur ma tempe.
« Oh, Jenny, merci ! T'es vraiment la meilleure !
- Évidemment, t'as besoin de moi alors je suis forcément la meilleure, je rétorque railleuse.
- Pff. Idiote va ! »
Elle lève les yeux au ciel dans une moue exaspérée et me fusille du regard, je lui adresse mon sourire le plus innocent. Et alors que je me retourne vers mon bureau, la porte claque dans un bruit sonore.
« Et n'oublies pas ton porte monnaie ! je crie à travers le mur. »
Je crois entendre un « Gna gna gna » étouffé et j'en souris une nouvelle fois. Debbra aurait été en face de moi qu'elle m'aurait tiré la langue ; je l'aurais parié. Ma s½ur et moi avions mis du temps avant de nous entendre aussi bien. Plus jeunes, elle et Calvin étaient sans cesse fourrés ensemble, à jouer aux Action Man pendant des heures ; et moi je restais sur le carreau. Je me sentais seule et j'étais très jalouse de ce lien qui les unissait alors que mes rapports avec eux deux ne dépassaient pas la simple politesse d'usage. Mais avec les années, je m'étais découvert beaucoup de points communs avec Debbra et on avait approfondi notre relation jusqu'à s'entendre comme jamais. Aujourd'hui encore, il nous arrivait de nous disputer violemment ; mais on finissait toujours par se réconcilier au bout du compte. Parce qu'il nous était tout à fait insupportable de rester fâchées ne serait-ce que plus de cinq minutes durant, c'était une véritable torture pour toutes les deux. Je pose mon stylo et plie mes affaires, rangeant mes cours sur la Révolution Industrielle dans mon sac. Je n'avais pas encore fini mon devoir d'Histoire, il me restait la dernière sous-partie et la conclusion à faire, mais j'ai décidé que cela pouvait attendre. J'étais trop impatiente de sortir en ville avec ma s½ur. J'avais moi-même une folle envie de faire les boutiques ; et aider Debby à choisir quelques nouveaux sous-vêtements et accessoires ne serait pas du luxe. Je file en coup de vent à la salle de bains me rafraîchir, enfile mes baskets avant de crier à ma s½ur :
« Deb', j'suis prête ! On y va ! »
Je reçois une ½illade désapprobatrice de la part de ma mère qui me lance, faussement accusatrice : « Jenn', on est dans un appartement ici. Alors arrête de brailler comme une marchande de poissons ! » auquel je réponds par un immense sourire avant de poser un baiser sur sa tempe.
« Oui, m'man ! »
Ma s½ur arrive en trombe dans la salle et je vois ma mère se retenir de soupirer, exaspérée. Elle doit certainement se dire qu'elle a hérité de deux éléphants de mer au lieu de deux filles lorsqu'elle accouché il y a de cela quelques années. Je ne peux retenir un gloussement.
« Bon allez, on y va ! je fais en me tournant vers Debbra. On ne rentrera pas tard, je pense.
- Bien, faites attention les filles. Vous avez vos cartes de bus ? Votre argent ?
- Oui, maman ! répondons-nous en ch½ur.
- Jenn' t'as pas oublié ton portable au moins ?
- Non il est là comme tu peux le constater, je lui réponds tout en brandissant mon cellulaire sous son nez.
- Et tes clefs ?
- Maman ! On va en ville ok ? On ne part pas en Antarctique ! je grogne, roulant des yeux. »
Ma mère semble émettre quelques objections inintelligibles mais ma s½ur la calme d'un rapide bisou sur la joue.
« Amusez-vous bien alors, finit-elle par dire presque à contre ch½ur. »
Et le rire de Debbra harmonieusement mêlé au mien est la seule réponse qu'elle reçoit avant que je ne claque la porte. Nous montons rapidement dans l'ascenseur, toujours en riant.
« Décidément maman ne changera jamais, grimace ma s½ur alors qu'elle passe une fine couche de gloss sur ses lèvres rosées.
- Nous somme ses filles, c'est normal. Tu verras, tu seras pareille quand tu seras mère !
- Arrête je croirais l'entendre là ! s'offusque-t-elle, les yeux exagérément affolés. »
Je proteste un « Hey ! » énergique et lui donne un rapide coup sur l'épaule. Nous rions une nouvelle fois en ch½ur avant de sortir de notre immeuble. Nous avons à peine le temps d'arriver à l'arrêt de bus que, déjà, je le vois qui tourne au bout de la rue. Nous dénichons facilement deux places assises, dans le fond, et je m'installe d'autorité près de la fenêtre. Comme toujours. J'ai toujours aimé me perdre dans ce paysage qui défile, ne formant plus que de vagues formes colorées qui devenaient floues avec la vitesse. C'était comme un tableau, une peinture.
« Dis Jenn', on pourra aller à Etam ? »
Je lui réponds par un vague « Mmh mmh » qui parait la satisfaire amplement puisque je la sens qui se rencogne dans son siège. Ma s½ur est à chaque fois surexcitée pour nos virées shopping, elle qui détestait cela il y a quelques années. Elle est même devenue pire que moi. Nous descendons sur la place, grouillante de monde à cette heure de la journée, et la chaleur presque suffocante me frappe en pleine poitrine. Il faisait beau et chaud pour un début de printemps. Debbra s'empare vivement de ma main, me traîne derrière elle dans un premier magasin.
« Allez, on va commencer par une tenue ! Et après on ira me trouver de sous-vêtements, puis peut être que je verrai pour des chaussures aussi ! Ah mais Jenn', si tu veux aller quelque part tu me le dis, hein ? s'époumone-t-elle presque, euphorique.
- Rappelle-moi Debby, tu as quel âge déjà ? je raille alors qu'elle tourne ses grands yeux bruns tellement semblables aux miens vers moi.
- Quinze ans, pourquoi ? »
Et son sourire débordant d'innocence et de candeur me fait sourire largement. J'avais, moi aussi, une fâcheuse tendance à me comporter comme une gamine avec elle ; et elle en était parfaitement consciente si bien que je ne pouvais rien lui reprocher. On se mit à courir dans la rue, slalomant entre les passants qui nous regardaient étrangement, et on entre dans la première boutique qui semble plaire à ma s½ur. Il a nous a fallu à peine une heure et demi pour que Debbra trouve tout ce dont elle avait besoin ; seulement elle a eu la mauvaise idée en chemin de passer par une boutique d'accessoires « trop fashion et carrément tendance » selon ses propres termes et elle s'est amusé à essayer presque tout ce qui lui tombait sous la main. J'ai l'impression que mes pieds sont en feu, j'ai les mollets douloureux comme après un cours de danse et mes bras semblent vouloir se décrocher sous le poids de tous ces sacs. On a fini par s'affaler pour boire un verre, exténuées ; en tout cas moi je l'étais mais ma s½ur paraissait tout à fait prête pour un second round. Assises à la terrasse du 'Pat à Pain' en plein centre ville, nos sacs étalés à nos pieds, Debbra sirote tranquillement son Orangina tandis que mon Coca n'est déjà plus qu'un lointain souvenir. J'ai sérieusement pensé à aller en commander un autre ; et peut-être même que je prendrai un chausson aux pommes en même temps. Je sens le soleil doucement chauffer mon dos nu, c'est agréable. Mes lunettes de soleil vissées sur le nez, je laisse ma tête partir en arrière offrant mon visage à la lumière qui décline lentement.
« T'as sorti tes lunettes de star ? se moque gentiment ma s½ur.
- Je les aime mes lunettes de star mon chou, je rétorque en lui tirant puérilement la langue. »
Debbra rit à gorge déployée, je la suis de peu.
« Alors, t'as tout trouvé ? T'es contente de tes achats ?
- Oui très, sourit-elle. Tu penses que ça lui plaira ?
- Tu parles de quoi ? De la nuisette ou du nouveau soutien-gorge ?
- Jenn' ! crie-t-elle, effarée. Non, mais je... Enfin, tu...
- Tu cherches quoi avec tout ça ? À recoller les morceaux ou quoi ? Qu'est-ce qu'il a encore fait ce crétin ?
- Mais rien ! s'emporte-t-elle. Il n'a rien fait Jenny ! Je te le jure ! Il a juste prévu un petit week-end, seuls, tous les deux. Je t'assure, il n'a rien fait ! »
Son regard se brouille de larmes encore toutes contenues, elle a les joues un peu rouges. Elle garde la tête baissée, comme quand elle veut cacher qu'elle est sur le point de pleurer. Je ne le vois pas mais je sais que ma s½ur se mord la lèvre inférieure à cet instant.
« T'es sûre de toi ? je souffle. Il ne t'a vraiment rien fait ? »
Elle vient ancrer ses grands yeux de biche apeurée dans le mien, elle me fixe presque durement.
« Écoute, je sais ce que je fais Jenn', ok ? Alors ne t'en mêle pas. Je suis assez grande pour me démerder toute seule.
- Assez grande ? Non, mais tu te fous de ma gueule ? C'est pas moi qui viens chialer comme une madeleine dans les jupons de ma s½ur dès que je ne vais pas bien ! Regarde dans quel état il te met ! Tu crois que c'est ça l'amour ?
- L'amour ? Mais qu'est-ce que tu sais de l'amour Jennyfer ? T'as même pas de petit copain ! »
La réplique crachée avec hargne me frappe en plein c½ur, je sens le choc m'écraser les poumons ; ça fait mal.
« Peut-être bien, je murmure la voix chevrotante. Mais moi au moins, je peux porter un regard lucide sur votre histoire.
- Jenn', je...
- Non Debbra. C'est bon. Fais ce que tu veux, mais viens pas te plaindre après. Je t'aurais prévenue.
- Je l'aime, Jenny. Tu peux comprendre ça ? »
Je me mords la lèvre inférieure, prenant le temps de la réflexion, ce qui me permet de ne pas lui balancer une réplique cinglante en pleine figure.
« Bien, comme tu voudras. Bon, si tu as fini, on s'en va. On rentre. »
Nous sommes obligées d'attendre le bus plus de vingt minutes, l'ayant vu passé juste sous notre nez avant que nous ne soyons arrivées à l'arrêt. Je grogne ; je n'ai jamais été d'une nature très patiente. La mine renfrognée, ma s½ur tripote son portable et moi je commence à lire le livre que je me suis acheté au Centre Culturel en début d'après-midi. On ne s'est pas échangé un mot depuis qu'on a quitté le 'Pat à Pain' et le retour jusqu'à l'appartement se fait dans le silence le plus total, pesant. Je me sens mal à l'aise, j'ai mon ventre qui se noue. La culpabilité semble me ronger les entrailles, je crois que je suis allée trop loin en parlant de celui qu'elle aime de cette façon. Et peut-être avait-elle raison ; je n'y connaissais rien à l'amour, je n'avais pas de petit copain avec qui passer des week-ends en amoureux, moi. Peut-être aussi que j'avais parlé sous le coup de la colère et de la jalousie. Autant me rendre à l'évidence, j'enviais tellement l'histoire que ma s½ur vivait avec ce Joshua. Elle n'avait pourtant rien d'un con de fées. Bien que leur relation durait depuis bientôt plus de six mois, elle avait été entrecoupée de ruptures douloureuses et de disputes virulentes qui la blessaient profondément à chaque fois. Je me rappelle encore la première fois qu'il l'avait trompée, avec une de ses amies à elle. Elle avait été anéantie, elle avait tant pleuré. On avait passé la nuit toutes les deux dans ma chambre, à se gaver de litres de crème glacée et de bonbons, à regarder des tonnes de films niais à souhait pour qu'elle se calme enfin, au petit matin. Mais Joshua était revenu vers elle, repentant et plus amoureux que jamais. Alors Debbra lui avait pardonné. Elle avait semblé si heureuse de le retrouver, comme avant. Un coup de coude dans mes côtes me fait remarquer que le bus arrive enfin, et ma s½ur et moi montons, l'une derrière l'autre. Comme à l'aller, on s'assoit au fond, toujours en silence. Les lèvres pincées, ma s½ur se cale violemment contre son siège ce pendant que je me tourne vers la vitre. Elle croise les bras sur sa poitrine menue, elle est en colère. Je la comprenais et même si j'étais sa s½ur adorée, je n'avais pas le droit de m'en prendre ainsi à son petit ami. Même si je pensais qu'il ne se conduisait pas bien avec elle, même si je le soupçonnais de ne pas toujours jouer franc jeu avec elle, même si il pouvait parfois la traiter comme une chienne. Il avait réussi à la faire revenir vers lui une deuxième fois et il tentait de se faire pardonner avec ce week-end organisé rien que pour ma s½ur et lui. Je n'ai jamais vraiment compris comment Debbra avait pu laisser passer aussi facilement, elle qui était du genre rancunière. Et que ma mère ne dise rien contre toute cette mascarade m'étonnait encore plus, je ne saisissais pas vraiment. Mais ma s½ur semblait heureuse de passer ces deux jours avec lui, ses yeux brillaient comme jamais, elle l'aimait et c'était peut-être ça le plus important.
« Alors les filles, ces emplettes ? »
Nous venions à peine de rentrer dans l'appartement que déjà notre mère nous sautait dessus. À croire qu'elle n'avait fait qu'attendre notre retour depuis tout à l'heure.
« Génial. »
Et la porte de la chambre de ma s½ur claque dans un bruit sonore sous l'½il effaré de ma mère.
« Super. »
Et je l'imite sans vergogne, imaginant facilement les yeux ronds d'étonnement de mes parents. Je n'ai pas le temps de ranger mon livre sur mon bureau que j'entends trois coups timides à ma porte avant qu'elle ne s'ouvre sur le visage sombre de Debbra. La mine défaite, elle s'assoit sur mon lit avant de s'y allonger. Je me laisse tomber doucement à ses côtés et vais prendre sa main. Elle est gelée contre la mienne si brûlante. Ma peau semble la réchauffer lentement.
« Je suis désolée, Jenn'... souffle-t-elle les yeux rivés au plafond.
- Moi aussi, Debby... »
Et ma s½ur vient se blottir contre moi, son corps menu entre mes bras, sa tête nichée dans mon cou. Je ne le vois pas, mais je sais qu'elle sourit, les paupières closes. Je ferme les yeux à mon tour. Peu importe si ce gars ne me plait pas, peu importe le nombre de fois où il la fera souffrir, peu importe cette jalousie indécente qui me ronge l'estomac et ce sentiment de solitude qui me pèse sur le c½ur quand je la sais avec lui ; je la protègerai quoiqu'il m'en coûte. Je serai là pour elle, à chaque fois qu'elle aura besoin de moi, partout et tout le temps. Debbra était ma s½ur et rien ne changerait ça. Pas même lui. Pas même la Vie. Elle était ma s½ur ; elle était moi.
À tout jamais.

[ Flash Back - End ]

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Comments & Information

StarrinG : Vanessa HUDGENS as Jennyfer LYFFET.
Starring : Selena GOMEZ as Debbra LYFFET.

Voilà pour le troisième chapitre. En espérant qu'il vous ait plu. Quatrième chapitre en Ligne dès que possible.
xoxo, Me*

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#Posté le mardi 05 mai 2009 07:56

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 17:22

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